Le market making soutient la liquidité des cryptos et influence les prix au quotidien. Voici comment il fonctionne, qui le pratique, et quels risques il faut comprendre.
Tu t’es déjà demandé pourquoi tu peux acheter du Bitcoin ou du SOL en quelques secondes, presque à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit? Ce n’est pas un hasard. Derrière cette fluidité se cachent souvent des **market makers**, des acteurs qui placent en continu des ordres d’achat et de vente pour rendre le marché plus liquide.
En crypto, le market making est à la fois utile, rentable et parfois mal compris. Pour certains, ce sont des « fournisseurs de liquidité ». Pour d’autres, ce sont des machines à capter des profits sur de minuscules écarts de prix. La vérité est un peu entre les deux. Comprendre leur rôle aide à mieux lire le marché, à éviter certaines erreurs et à repérer ce qui se passe vraiment derrière les chandelles.
## Le market making, c’est quoi exactement?
Le **market making** consiste à proposer en permanence un prix pour acheter un actif et un prix pour le vendre. Le market maker affiche donc deux ordres en même temps :
- un ordre d’achat
- un ordre de vente
Son objectif principal est de gagner le **spread**, c’est-à-dire l’écart entre le prix d’achat et le prix de vente.
### Une analogie simple : le bureau de change
Imagine un bureau de change dans un aéroport. Il te propose d’acheter tes dollars américains à 1,34 CAD et d’en vendre à 1,37 CAD. L’entreprise ne fait pas ça par gentillesse : elle gagne sa vie sur la différence entre les deux prix.
En crypto, le principe est semblable. Un market maker peut afficher :
- Achat de BTC à 90 000 $
- Vente de BTC à 90 050 $
Si quelqu’un lui vend à 90 000 $ et qu’un autre lui achète à 90 050 $, il encaisse **50 $ de spread** sur 1 BTC, avant frais et ajustements de risque.
### Pourquoi les exchanges ont besoin de market makers
Sans market maker, plusieurs carnets d’ordres seraient beaucoup plus vides. Résultat :
- les prix bougeraient plus brutalement
- les petits ordres déplaceraient davantage le marché
- les traders paieraient plus cher à l’achat et vendraient moins bien
Les exchanges centralisés comme Binance, Kraken ou Coinbase ont donc intérêt à attirer des market makers professionnels. Cela améliore la qualité du marché, le volume affiché et l’expérience utilisateur.
## Comment un market maker gagne de l’argent
Le revenu d’un market maker ne vient pas d’un seul levier. En pratique, il combine plusieurs sources de profits, avec des risques bien réels.
### Le spread : le cœur du modèle
Le gain le plus évident est le spread. Prenons un exemple simple :
- un market maker affiche ETH à 4 000 $ à l’achat
- et 4 004 $ à la vente
L’écart est de **4 $ par ETH**.
S’il parvient à acheter 50 ETH d’un côté et à revendre 50 ETH de l’autre, son gain brut théorique est :
- 50 x 4 $ = **200 $**
Ça semble modeste, mais ce type d’opération peut être répété des centaines, voire des milliers de fois par jour. Le modèle repose donc davantage sur le **volume** que sur de gros gains unitaires.
### Les rabais de frais et incitatifs d’exchange
Plusieurs plateformes offrent des conditions spéciales aux gros apporteurs de liquidité :
- frais réduits
- rebates maker
- programmes VIP
- ententes commerciales directes
Par exemple, si un market maker traite 10 millions de dollars par jour avec un rebate de 0,01 %, cela représente :
- 10 000 000 $ x 0,0001 = **1 000 $ par jour**
Même si la marge sur spread est mince, ces incitatifs peuvent faire une vraie différence dans la rentabilité globale.
### L’arbitrage entre plateformes
Un market maker ne regarde pas qu’un seul exchange. Il surveille souvent plusieurs marchés en parallèle.
Supposons que le BTC cote :
- 90 100 $ sur Exchange A
- 90 180 $ sur Exchange B
L’écart est de **80 $**. Si les frais, le slippage et la vitesse d’exécution le permettent, il peut acheter sur A et vendre sur B. C’est une forme d’**arbitrage**, souvent automatisée.
Ce type d’opportunité se referme vite, parfois en quelques millisecondes. C’est pourquoi les market makers investissent massivement dans :
- les algorithmes
- l’accès aux données en temps réel
- l’infrastructure technique
## Comment le market making fonctionne sur un carnet d’ordres
Pour bien comprendre le mécanisme, il faut regarder le **order book**, ou carnet d’ordres.
### Bid, ask et spread : les bases
Dans un carnet d’ordres, on trouve :
- les **bids** : prix auxquels des acheteurs veulent acheter
- les **asks** : prix auxquels des vendeurs veulent vendre
Exemple sur un token XYZ :
- meilleur bid : 1,995 $
- meilleur ask : 2,005 $
Le spread est donc de **0,01 $**.
Le market maker place souvent ses ordres juste autour du prix courant pour rester compétitif. Il essaie d’être suffisamment proche pour être exécuté, sans prendre trop de risque.
### Ce qui se passe quand le prix bouge vite
C’est là que le métier devient plus complexe. Si le marché grimpe soudainement, le market maker peut vendre trop bas et se retrouver en mauvaise posture. À l’inverse, si le marché chute vite, il peut acheter un actif qui perd de la valeur quelques secondes plus tard.
Exemple :
- un market maker affiche un achat à 100 $
- une nouvelle fait grimper le token à 103 $ en quelques secondes
- ses ordres de vente à 100,20 $ sont exécutés trop tôt
Il doit ensuite racheter plus haut pour se rééquilibrer. Cette perte liée au mouvement du marché s’appelle souvent le **risque d’inventaire**.
### La gestion d’inventaire : un élément central
Un market maker ne veut pas se retrouver avec trop de BTC, trop peu d’ETH ou une énorme exposition à un meme coin illiquide. Il ajuste donc ses prix selon son inventaire.
Par exemple, s’il accumule trop de SOL, il peut :
- baisser légèrement son prix d’achat
- baisser aussi son prix de vente pour écouler plus vite sa position
Autrement dit, ses cotations ne servent pas seulement à gagner le spread. Elles servent aussi à **gérer son stock de crypto** comme un commerçant gère ses rayons.
## Market making en finance centralisée vs DeFi
Le mot market making existe à la fois sur les exchanges centralisés et dans la finance décentralisée, mais le fonctionnement concret change beaucoup.
### Le market making sur les exchanges centralisés
Sur un exchange centralisé, le market maker dépose des ordres dans un carnet d’ordres classique. Il peut les modifier, les annuler, les déplacer selon les conditions du marché.
Les acteurs typiques sont :
- firmes de trading haute fréquence
- desks quantitatifs
- sociétés mandatées par des projets crypto
- gros traders professionnels
Ici, la vitesse d’exécution et la qualité des algorithmes sont cruciales. Quelques millisecondes de retard peuvent suffire à transformer un trade rentable en perte.
### Le market making automatisé en DeFi avec les AMM
En DeFi, on parle souvent d’**Automated Market Makers** ou **AMM**. Au lieu d’un carnet d’ordres, on utilise un **pool de liquidité**.
Des utilisateurs déposent deux actifs dans un pool, par exemple :
- 5 000 $ de ETH
- 5 000 $ de USDC
Les traders échangent ensuite contre ce pool. Le prix est déterminé par une formule mathématique, comme le célèbre modèle **x*y=k** utilisé par Uniswap.
Ici, le « market maker » peut être monsieur ou madame Tout-le-Monde, tant qu’il fournit de la liquidité.
### Exemple concret d’un fournisseur de liquidité
Imaginons que tu déposes **100 $ par mois** pendant 12 mois dans un pool ETH/USDC, soit **1 200 $ au total**. Si le pool rapporte en moyenne 8 % brut par an en frais, tu pourrais viser environ :
- 1 200 $ x 8 % = **96 $** de rendement brut annualisé sur le capital pleinement déployé
Mais ce chiffre est théorique. En pratique, il faut tenir compte :
- de la variation du prix des actifs
- des frais réseau
- du risque de smart contract
- de la **perte impermanente**
Autrement dit, fournir de la liquidité en DeFi ne revient pas à placer de l’argent dans un compte épargne. Le rendement affiché ne raconte jamais toute l’histoire.
## Les risques du market making en crypto
Vu de l’extérieur, le market making peut sembler être une machine à imprimer de l’argent. En réalité, c’est un métier de marges fines, de discipline et de gestion du risque.
### Le risque d’inventaire
C’est le risque le plus classique. Si un market maker accumule un actif qui chute rapidement, les pertes sur la position peuvent dépasser les gains du spread.
Exemple :
- il gagne 0,20 % de spread cumulé sur une série d’opérations
- mais le token perd 4 % avant qu’il réduise son inventaire
Le calcul devient vite défavorable.
### Le risque de volatilité extrême
En crypto, les prix peuvent bouger de 5 %, 10 % ou plus en quelques minutes. Sur des petites capitalisations, c’est encore plus brutal.
Dans ces moments-là, plusieurs market makers élargissent leurs spreads ou retirent temporairement leur liquidité. C’est souvent pour cela qu’un marché semble soudainement « vide » lors d’un choc.
### Le risque technologique
Un bug d’algorithme, une latence réseau ou une mauvaise connexion API peut coûter cher.
Imaginons qu’un bot continue de coter un token à 2,00 $ alors que le vrai marché est déjà tombé à 1,85 $. Des traders opportunistes vont se précipiter pour lui vendre, et la perte peut s’accumuler en quelques secondes.
### La perte impermanente en DeFi
Pour les fournisseurs de liquidité sur AMM, un risque spécifique est la **perte impermanente**. Elle survient quand le prix relatif des deux actifs change fortement.
Exemple simplifié :
- tu déposes 500 $ de ETH et 500 $ de USDC
- le prix de ETH grimpe fortement
- le pool te laisse avec moins de ETH et plus de USDC
Au final, tu peux te retrouver avec une valeur inférieure à celle que tu aurais eue en gardant simplement les actifs dans ton portefeuille. Les frais perçus peuvent compenser… ou non.
## Qui fait du market making en crypto?
Tous les market makers ne se ressemblent pas. Le mot recouvre des profils très différents.
### Les firmes professionnelles
Ce sont les acteurs les plus sophistiqués. Ils utilisent :
- modèles statistiques
- serveurs très rapides
- gestion du risque automatisée
- couverture multi-exchange
Leur but n’est pas de « parier » sur le long terme, mais de gagner de petits montants répétés à très grande échelle.
### Les projets crypto eux-mêmes
Certains projets paient des firmes spécialisées pour améliorer la liquidité de leur token. Le but est souvent de :
- réduire le spread
- rendre le token plus tradable
- éviter une impression de marché désert
Ce n’est pas forcément mauvais en soi. Une bonne liquidité aide les investisseurs. Mais il faut distinguer **soutien de marché légitime** et **manipulation artificielle**.
### Les particuliers en DeFi
Sur Uniswap, Curve, PancakeSwap ou d’autres protocoles, de simples utilisateurs peuvent faire du market making en déposant des fonds dans des pools.
C’est la version la plus accessible pour un investisseur de détail. Accessible ne veut toutefois pas dire simple. Avant de fournir 500 $, 1 000 $ ou 5 000 $ de liquidité, il faut comprendre comment le rendement est produit et quels risques tu prends réellement.
## Comment reconnaître un marché bien ou mal « market maké »
Même sans être trader pro, tu peux repérer certains signes.
### Les indices d’un marché liquide
Un marché généralement bien soutenu présente souvent :
- un spread serré
- de la profondeur dans le carnet d’ordres
- peu de slippage sur les ordres modestes
- une exécution rapide
Par exemple, si tu achètes **1 000 $ de BTC** et que ton prix moyen est presque identique au prix affiché, la liquidité est probablement correcte.
### Les indices d’un marché fragile
À l’inverse, méfie-toi si tu observes :
- un spread très large
- peu d’ordres dans le carnet
- un prix qui saute brutalement de niveau en niveau
- un slippage important sur de petits montants
Si un achat de **300 $** sur un petit token fait bondir le prix de 2 % à 4 %, c’est souvent le signe d’un marché peu liquide, donc plus risqué.
## Points clés à retenir
- Le market making consiste à proposer en continu des prix d’achat et de vente.
- Le profit vient surtout du **spread**, des rebates et parfois de l’arbitrage.
- Les market makers améliorent la **liquidité** et réduisent les frictions pour les traders.
- Leur principal danger est le **risque d’inventaire**, surtout en marché volatil.
- En DeFi, le market making passe souvent par des **pools de liquidité** et des **AMM**.
- Un rendement élevé en fourniture de liquidité cache souvent des risques comme la perte impermanente.
- Un marché avec un spread serré et peu de slippage est généralement mieux structuré.
- Comprendre la liquidité d’un actif aide à mieux gérer ses entrées, ses sorties et son risque.
## Faut-il s’y intéresser comme investisseur?
Oui, même si tu ne comptes jamais devenir market maker toi-même.
Pourquoi? Parce que la qualité du market making influence directement :
- le prix que tu paies
- le prix auquel tu peux vendre
- le slippage sur tes ordres
- la stabilité apparente d’un token
Si tu investis progressivement, par exemple **100 $ par mois** dans des cryptos liquides comme BTC ou ETH, l’impact du spread est souvent faible. Mais si tu vas sur des altcoins peu connus, des memecoins ou des tokens fraîchement listés, la liquidité devient un facteur majeur. Deux projets avec le même potentiel sur papier peuvent offrir des expériences totalement différentes au moment d’acheter ou de vendre.
En clair, comprendre le market making, c’est un peu comme comprendre les routes avant de conduire : tu ne construis pas l’autoroute toi-même, mais tu profites d’un trafic plus fluide si l’infrastructure est bonne.
## Conclusion
Le market making est l’un des rouages invisibles les plus importants de l’écosystème crypto. Il rend les échanges possibles, fluides et souvent moins coûteux. Mais ce n’est pas de la magie : derrière chaque spread serré, il y a des algorithmes, du capital, de la gestion du risque et parfois des intérêts qu’il faut savoir décoder.
Pour un investisseur débutant ou intermédiaire, le plus utile n’est pas forcément de pratiquer le market making, mais de savoir **lire la liquidité**, comprendre les écarts de prix et éviter les marchés trop fragiles.
Si tu veux mieux comprendre ce genre de mécanismes, suivre l’actualité crypto avec un angle clair et concret, et prendre de meilleures décisions sans te noyer dans le jargon, tu peux jeter un œil à nos abonnements **CryptoIA**. C’est une bonne façon de rester informé, à ton rythme, avec des explications pensées pour les investisseurs d’ici.